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Comment le Louvre a été cambriolé

Une semaine après le braquage audacieux du Louvre, la police parisienne a arrêté deux suspects : selon le journal Le Figaro, l'un se préparait à prendre un vol pour l'Algérie, l'autre envisageait de fuir au Mali. Le procureur de Paris a déclaré que la divulgation hâtive des informations sur les arrestations pourrait nuire à l'enquête. En effet, de nombreux vols d'œuvres dans le musée parisien sont restés non résolus pendant longtemps.

Photo : Getty Images

Les voleurs, qui ont pénétré il y a une semaine dans la galerie Apollon et dérobé neuf bijoux datant de l'époque de Napoléon d'une valeur de plus de 100 millions d'euros, ont inspiré de nombreuses plaisanteries. Par exemple, à notre époque où les caméras vidéo sont équipées d'intelligence artificielle, où il existe des capteurs infrarouges et des systèmes d'alarme sophistiqués, les voleurs n'ont plus qu'une seule option pour contourner tout cela : prendre une échelle et entrer par la fenêtre.

Mais dans les films, les criminels creusent des tunnels, esquivent gracieusement des faisceaux laser d'alarme et descendent en rappel depuis le plafond. Dans la réalité, le Louvre a été cambriolé à plusieurs reprises en plein jour, sous les yeux des visiteurs. Et la galerie Apollon, d'où les bijoux ont été récemment dérobés, avait déjà été cambriolée il y a un demi-siècle, également par la fenêtre. Cette fois-là, les voleurs n'avaient même pas eu besoin d'une échelle.

La bande des avant-gardistes

En 1911, Pablo Picasso lui-même fut accusé du vol au Louvre. Et pas sans raison : il possédait les têtes de deux statues ibériques antiques, volées au musée quatre ans plus tôt. Mais l'artiste s'en est tiré avec une simple frayeur.

Tout a été découvert par hasard. La police française s'épuisait à chercher la «  Mona Lisa  » volée cette année-là. Par désespoir, elle soupçonnait tous ceux qui pouvaient avoir le moindre motif. Par exemple, les avant-gardistes qui choquaient le public en déclarant que la peinture classique était un ramassis d'objets inutiles, et que le Louvre méritait d'être brûlé.

L'un d'eux, l'avant-gardiste poète, critique littéraire et ami de Picasso, Guillaume Apollinaire, s'est beaucoup agité. En effet, son secrétaire Joseph-Honoré Jérier Pierre avait volé quatre ans auparavant trois têtes de statues ibériques au Louvre. Il en avait gardé une pour lui, et les deux autres, soit il les avait offertes à Picasso, qui en était admiratif, soit, comme il l'a plus tard affirmé, il les avait vendues 50 francs pièce. On considère que ces têtes ont servi de prototypes pour les visages du tableau «  Les Demoiselles d'Avignon  » (1907). Apollinaire, en tant qu'ami de Picasso, était au courant de cette histoire. Ce qui l'a encore plus rendu nerveux, c'est un article dans le journal Paris-Journal. Les journalistes avaient publiquement promis de racheter la «  Mona Lisa  » pour 50 000 francs.

Source : bnf.fr

L'effet fut inattendu. Une lettre est arrivée à la rédaction demandant : si la «  Joconde  » n'était plus là, mais qu'il existait une autre œuvre volée au Louvre, ne payeraient-ils pas au moins quelque chose pour celle-ci ? «  Nous, d'ailleurs, ne nous sommes pas engagés à racheter tout ce qui est volé au Louvre !  » s'indignait le journal dans un article sur l'incident. Mais la rédaction accepta de rencontrer le voleur. C'était Jérier Pierre. Il raconta que le vol avait été simple. Les têtes n'étaient pas considérées comme très précieuses, elles étaient conservées sans vitrines en verre, il n'y avait pas de surveillance dans les salles, et la plus grande difficulté était de les transporter : chacune pesait plus de cinq kilos. Il les avait vendues à un certain artiste.

Après avoir lu l'éditorial, Apollinaire et Picasso paniquèrent. Si la police les avait découverts, les amis risquaient d'être les principaux suspects dans le vol de la «  Mona Lisa  ».

Ils décidèrent de se débarrasser des preuves, mirent les têtes dans une valise et allèrent la jeter dans la Seine en pleine nuit. Mais soit ils n'ont pas eu le cœur à détruire des œuvres d'art, soit ils ont trop eu peur – après avoir erré pendant une heure, ils revinrent chez eux avec la valise.

Finalement, ils décidèrent de remettre les têtes au rédacteur en chef du Paris-Journal, André Salmon, pour qui Apollinaire écrivait des critiques. Celui-ci devait mentir à la police en disant qu'un inconnu avait apporté les têtes à la rédaction. Mais lors de l'interrogatoire, Salmon craqua et dénonça ses amis.

Picasso jurait ne pas savoir que les têtes étaient volées. Ce qui est douteux. Prenons par exemple cette bizarrerie : l'artiste adorait exhiber sa collection d'art – mais il ne montrait jamais ces têtes et les gardait parmi ses vêtements dans une armoire à linge. Il existe une version selon laquelle Picasso aurait commandé le vol à Jérier Pierre et payé 100 francs. D'ailleurs, lors de cette même audience, il affirma sous serment ne pas connaître Apollinaire.

Mais compte tenu de leur repentir sincère et du fait que les statues ont été restituées intactes, le tribunal acquitta les amis artistes. Quant à Jérier Pierre, il avait déjà fui à l'étranger.

Comment la «  Mona Lisa  » est devenue célèbre

L'affaire Picasso n'est qu'un épisode dans l'histoire du vol de la «  Mona Lisa  ». L'artiste décorateur italien Vincenzo Peruggia avait travaillé huit mois au Louvre comme ouvrier polyvalent. Le lundi 21 août 1911, il entra dans le musée avec d'autres employés. Le Louvre était fermé aux visiteurs, la surveillance était moindre, et Peruggia connaissait, en raison de ses fonctions, la manière dont le tableau était fixé. Il décrocha la «  Mona Lisa  » du mur, laissa le cadre dans l'escalier. Puis il enveloppa la «  Joconde  » dans une blouse et sortit calmement.

On trouve souvent cette illustration en bande dessinée montrant Peruggia volant le tableau. Image : DR

La disparition ne fut découverte que le lendemain par un peintre qui venait chaque jour pour copier le tableau. Au début, on espérait qu'il avait été emmené pour restauration. Ensuite, une recherche sans précédent fut lancée. Les enquêteurs travaillèrent même sur des paquebots transatlantiques qui avaient quitté le port après le vol, mais n'étaient pas encore arrivés en Amérique, au cas où le voleur aurait tenté d'exporter le tableau vers le Nouveau Monde.

Tous ceux qui étaient au Louvre ce jour-là furent interrogés. Peruggia fut éliminé de la liste des suspects : il était calme et répondait volontiers aux questions. Pendant ce temps, la «  Mona Lisa  » était dans son coffre dans son appartement parisien, enveloppée dans de la soie rouge et cachée sous des outils de menuiserie.

La «  Mona Lisa  » était un tableau connu, mais pas très célèbre. C’est ce vol qui l’a rendue célèbre dans le monde entier. Les curieux venaient au Louvre pour regarder l’endroit vide où elle était accrochée.

Entre-temps, Peruggia retourna dans sa patrie italienne avec le tableau. Deux ans plus tard, il décida de le vendre à un galeriste local, qui alerta immédiatement la police. Peruggia fut arrêté, et la «  Mona Lisa  » partit en tournée d'exposition en Italie, avant de revenir au Louvre.

Au procès, Peruggia prétendit avoir volé par patriotisme. Il voulait soi-disant rendre ce que Napoléon avait autrefois volé. En réalité, c’est Léonard de Vinci lui-même qui avait emmené la «  Mona Lisa  » en France, 250 ans avant la naissance de Napoléon. Les lettres adressées à son père, dans lesquelles il promettait de s’enrichir bientôt, contredisaient les dires du voleur. De plus, Peruggia voulait obtenir pour la «  Joconde  » une somme qui équivaudrait aujourd’hui à 2 millions de dollars. Mais le tribunal apprécia le motif patriotique. Peruggia fut condamné à seulement un an et 15 jours de prison. Il fut libéré au bout de sept mois.

Un vol pour une bonne cause

Le 11 juin 1939, un visiteur s'approcha du tableau «  L'Indifférent  » d'Antoine Watteau, le décrocha du mur et quitta calmement le musée en cachant la petite toile sous son manteau. L'alarme fut donnée par la guide, qui remarqua l'absence d'un des objets pendant la visite. L'affaire fit grand bruit : c'était le premier vol depuis celui de la «  Mona Lisa  ». Le tableau était estimé à 100 000 $, ce qui correspondrait aujourd'hui à 2,3 millions de dollars.

Jean-Antoine Watteau. L'Indifférent, 1716. Image : GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

Les enquêteurs ne parvenaient pas à retrouver la trace du voleur audacieux. Mais deux mois plus tard, le Palais de Justice appela le Louvre. Un peintre de 24 ans, Serge Boguslavski, y avait apporté «  L'Indifférent  » et avoué l'avoir volé. Mais pour une bonne raison : il voulait le restaurer.

Les experts en art ne partagèrent pas son zèle. Dans le rapport préparé pour le tribunal, il était indiqué que la toile avait subi des dommages importants : des coups de pinceau avaient disparu, le tableau avait été recouvert de vernis automobile... Boguslavski fut condamné à deux ans de prison. Il fit appel – et lors du réexamen de l'affaire, la peine fut portée à quatre ans.

De plus, Boguslavski dut payer une amende de 300 francs et perdit pendant cinq ans le droit d'entrer en France. Il passa ces années en Suisse, où naquit son fils Julien. Ce dernier devint neurologue célèbre et, comme son père, fit la une des médias à cause d'une affaire liée à l'art. Julien, passionné depuis l'enfance par la collection de livres anciens, fut arrêté en 2006 pour le vol de 5,3 millions de francs dans la caisse de l'hôpital de Lausanne (CHUV), qu'il avait dépensés pour acheter des ouvrages anciens. L'hôpital récupéra finalement tout l'argent. Les livres achetés avec l'argent volé furent saisis et vendus aux enchères chez Christie's pour 3,8 millions d'euros – soit 5,7 millions de francs.

Les chefs-d'œuvre évacués hors de la ville

Le Louvre fut largement pillé par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. Heureusement pour le musée, il était alors dirigé par Jacques Jaujard. Cet homme avait été volontaire lors de la Première Guerre mondiale, journaliste, secrétaire du politicien Paul Painlevé, puis fonctionnaire dans le domaine des arts. En 1938, pendant la guerre civile espagnole, il avait dirigé l'évacuation des œuvres du musée du Prado à Madrid vers la Suisse. Lorsque l'on comprit que les Allemands allaient envahir la France, Jaujard décida d'agir.

Photo : DR

Le 25 août 1939, il ferma le Louvre prétendument pour des travaux pendant trois jours. Pendant ce temps, les employés, les étudiants et même les manutentionnaires des magasins parisiens emballèrent les chefs-d'œuvre dans des caisses. Chaque caisse était marquée selon la valeur culturelle : jaune, verte ou rouge. Sur la caisse contenant la «  Mona Lisa  » figuraient trois cercles rouges.

Photo : DR

Sur des camions, des voitures privées et même des ambulances, 1862 caisses furent transportées dans les régions. Beaucoup furent cachées dans des châteaux français, comme Chambord. Le dernier objet à quitter le musée fut la Nike de Samothrace, haute de presque quatre mètres : le 1er septembre, lorsque l'Allemagne envahit la Pologne.

Le 16 août 1940 arriva au Louvre le comte Franz Wolf-Metternich, chargé par Hitler de superviser les collections des musées français. Il comprit immédiatement que de nombreux chefs-d'œuvre avaient disparu. Ce n'était pas difficile à voir : certaines salles étaient complètement vides, seuls les cadres des tableaux étaient posés au sol. Cependant, l'aristocrate Wolf-Metternich n'était pas membre du parti nazi et ne partageait pas leur idéologie. Il ferma les yeux sur ce qui se passait (après la guerre, Jaujard demanda à Charles de Gaulle de décerner la Légion d'honneur à Wolf-Metternich). Ce fut très utile, car les efforts de Jaujard ne s'arrêtèrent pas à l'évacuation. Il dut aussi veiller à la conservation des collections : installer des appareils d'humidité dans les refuges, se procurer des chauffages... Mais en 1942, Wolf-Metternich fut rappelé en Allemagne. Des nuages s'amoncelaient sur Jaujard, qui dut fuir la capitale et se cacher dans le département de la Lozère.

Jacques Jaujard. Photo : DR

Entre-temps, sa collègue Rose Valland, conservatrice du musée Jeu de Paume, tenait un inventaire détaillé de chaque objet que les nazis exportaient hors du pays : ce musée servait de point de transit. Après la victoire, Jaujard revint au Louvre et s'occupa du retour des chefs-d'œuvre cachés, tandis que Valland partit en Allemagne à la recherche des œuvres emportées. Ses registres permirent de restituer 45 000 œuvres d'art. Mais une partie des objets emmenés hors de France n'a jamais été retrouvée.

Par la fenêtre sans échelle

En décembre 1976, trois voleurs armés et masqués cambriolèrent la galerie Apollon – celle d'où les trésors ont été dérobés cette année. Ils pénétrèrent aussi dans le musée en brisant une fenêtre. Mais ils n’eurent même pas besoin d’échelle. Des ouvriers nettoyaient la façade du bâtiment, les voleurs montèrent donc tranquillement par les échafaudages. Après avoir ligoté deux gardiens, ils brisèrent une vitrine et emportèrent l'épée du roi Charles X, incrustée de pierres précieuses.

Photo : DR

On pense que l’alarme qui s’est déclenchée a effrayé les voleurs – sinon, le musée aurait perdu au moins une selle richement décorée provenant de la même vitrine.

L’épée, fabriquée en 1824 pour le couronnement du monarque, n’a toujours pas été retrouvée.

Le porte-parole du Louvre a déclaré qu’un tel objet était pratiquement impossible à vendre – mais que l’on pouvait en extraire les pierres précieuses pour les vendre.

Le voyage de l’armure

Dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1983, un casque et une cuirasse d’une armure italienne du XVIe siècle, ornée d’or et d’argent, disparurent du Louvre. En même temps, une horloge de style Louis XV disparut aussi. Comment les voleurs ont réussi cela reste un mystère. Le matin, le personnel du musée découvrit une vitrine fracturée – voilà tous les détails.

Photo : SEBASTIEN SORIANO/Le Figaro

Les armures furent retrouvées de manière inattendue 38 ans plus tard. En janvier 2021, un expert en armes anciennes fut engagé par une famille de Bordeaux pour estimer la valeur d’un héritage. Deux objets éveillèrent ses soupçons. Après vérification avec le registre des biens artistiques volés Treima, il contacta la police : il s’agissait des parties disparues de l’armure. La police n’a jamais découvert comment elles étaient arrivées à Bordeaux. Et d’ailleurs, l’horloge n’a toujours pas été retrouvée…

Le mystère de l’hallebarde

Tard dans la nuit du 18 janvier 1995, une hallebarde disparut de la statue en bronze de Brandebourg, œuvre de Martin Desjardins. La statue ne la tenait pas en main – l’arme cassée était posée à ses pieds. Mais c’était quand même un événement surprenant. La statue se trouvait dans la cour Puget, couverte d’un plafond en verre, avec quatre agents de sécurité de garde en permanence. L’hallebarde n’était pas facile à emporter : elle mesurait 1,3 mètre et pesait 17 kg. Pourtant, l’arme disparut sans laisser de traces. Le 30 janvier, l’hallebarde fut retrouvée au pied de la pyramide du Louvre.

Photo : Musée du Louvre, Dist. GrandPalaisRmn / Pierre Philibert

Découpe en forme

En 1990, en plein jour, une toile de Renoir, «  Portrait de femme assise  », fut volée au Louvre. Le voleur découpa la toile de 35 sur 27 cm dans le cadre sous les yeux des visiteurs. L’alarme ne se déclencha pas. Cette journée fut riche en vols. Outre le Louvre, deux autres musées parisiens furent dépouillés : le Carnavalet perdit un tableau de Paul Huet, et le musée Ernst Eber perdit un portrait de femme peint par cet artiste. Finalement, la direction des musées ferma préventivement les musées Delacroix, Gustave Moreau et quelques autres, de peur que le voleur ne s’y attaque aussi.

Les musées eurent de la chance. Peu de temps après, le voleur vendit le «  Portrait de femme assise  » à une boutique d’antiquités. Il fut si imprudent qu’il laissa sa carte de visite. La police arrêta rapidement un certain Richard E., un jeune natif de Lyon. Il avoua les vols dans les trois musées, et toutes les toiles furent récupérées. «  Je suis un amateur d’art. L’idée de posséder un tableau de Renoir à vingt ans me fascinait  », expliqua-t-il au tribunal.

Photo : GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski

Pour d’autres criminels, cette histoire ne passa pas inaperçue. Le 10 juillet 1994, quelqu’un parmi les visiteurs du Louvre découpa dans le cadre le «  Portrait de Jean Doré  » de Robert Nanteuil et s’en alla calmement avec le tableau. Six mois plus tard, le 11 janvier 1995, le musée perdit de la même manière un paysage au cerf de Lancelot Théodore Turpin de Crissé. Le 3 mai 1998, le voleur ne prit même pas la peine de découper la toile : il décrocha simplement un petit tableau de Camille Corot, «  La Route de Sèvres  », et sortit en se mêlant aux autres visiteurs. Aucun des trois tableaux ne fut retrouvé.

Avant le récent cambriolage de la galerie Apollon, «  La Route de Sèvres  » était le dernier chef-d’œuvre dont le vol au Louvre était connu du grand public. Pourtant, il pourrait y en avoir davantage.

Comme l’expliquait dans une interview au New York Times la professeure Erin Thompson du John Jay College of Criminal Justice, il n’est pas rare que les musées taisent les vols. D’abord, cela pourrait encourager d’autres voleurs à s’attaquer au musée. Ensuite, cela révélerait les failles du système de sécurité. Enfin, le tumulte médiatique pourrait être fatal à l’œuvre d’art. Pour ne pas prendre de risques, les voleurs peuvent la détruire ou la fondre pour vendre le métal précieux.

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