loading...

À quoi ressemblera l’avenir de la Russie après Poutine ? Réponse du directeur scientifique du Centre Levada, Lev Goudkov

Le sociologue Lev Goudkov étudie les humeurs de la société russe depuis l’époque de la Perestroïka. À la fin des années 1980, il travaillait au Centre panrusse d’étude de l’opinion publique, qu’il a quitté au début des années 2000 avec l’équipe de Iouri Levada. De 2006 à 2021, Goudkov a dirigé le Centre Levada – la plus grande organisation indépendante de sondages sociologiques en Russie – avant d’en devenir le directeur scientifique. Tant le Centre Levada que Goudkov sont considérés comme des «  agents étrangers  » par le ministère russe de la Justice. S’appuyant sur des années de sondages sociologiques sur la société post-soviétique et l’expérience historique des pays ayant traversé le fascisme au XXe siècle, nous avons discuté avec ce chercheur renommé du scénario le plus probable pour l’avenir de la Russie.

Vladimir Poutine s’exprime lors de la séance plénière de la conférence «  Voyage dans le monde de l’intelligence artificielle  », le 19 novembre 2025. Photo : kremlin.ru

- Selon vous, qu’attend la Russie à l’avenir ? Il s’agit naturellement de l’avenir après Poutine : ce qui attend le pays sous son pouvoir est globalement clair.

- À mon avis, la Russie a aujourd’hui mis en place un système bureaucratique qui va se perpétuer même après Poutine. Sauf, bien sûr, en cas de crise très grave. Pour l’instant, il y a peu de signes d’un tel scénario, à l’exception de la révolte de Prigojine.

Ce que nous constatons actuellement dans nos enquêtes, c’est la consolidation de la masse autour du pouvoir, fondée sur un névrose très profond, si l’on ose faire une analogie entre la société et la conscience individuelle. Cela est lié à l’échec des réformes démocratiques. Par esprit de contradiction, nous allons continuer cette guerre, la soutenir. Pourtant, tous les indicateurs de l’année écoulée montrent que (en Russie) la population est déjà très fatiguée de la guerre. Le rapport entre ceux qui veulent poursuivre la guerre jusqu’à la victoire et ceux qui souhaitent entamer immédiatement des négociations de paix est d’environ 1 pour 2. Selon les données de fin novembre 2025, cela fait 26 % contre 65 %.

Mais si l’on demande ensuite sur quoi devraient porter les négociations, le tableau s’inverse complètement : les négociations ne devraient porter que sur la capitulation de l’Ukraine. Autrement dit, si Poutine décidait de mettre fin à la guerre et de retirer les troupes des territoires occupés, cela entraînerait une chute de sa cote et un fort mécontentement.

Toutes ces années de guerre, comme lors des autres campagnes militaires de Poutine, nous constatons une consolidation autour du pouvoir, une diminution de toutes les réclamations à son encontre, un apaisement, une baisse de la peur, une augmentation de la satisfaction de la vie, sans véritable fondement économique. Pourtant, toutes les structures, y compris sociales, se dégradent. Par exemple, le nombre de personnes âgées augmente, alors que le système de santé s’effondre.

- Je suis d’accord avec vous. Mais outre la dégradation de l’éducation et de la santé, il y a aussi une terrible dégradation morale du peuple. Les hommes d’État, les journalistes devenus propagandistes, comme Dmitri Medvedev ou Vladimir Soloviev et beaucoup d’autres, parlent de la nécessité de détruire les villes ukrainiennes avec leurs habitants, menacent les Européens de massacres de masse.

Le pouvoir soviétique a commis des crimes horribles dans son propre pays et ailleurs, en Afghanistan par exemple, les troupes soviétiques ont tué de 1 à 1,5 million de personnes, en grande majorité des civils. Mais en URSS, il n’y avait pratiquement jamais eu une telle rhétorique de haine dans la propagande de masse (sauf peut-être dans certains articles d’Ilya Ehrenbourg à la fin de la Seconde Guerre mondiale), comme on l’observe aujourd’hui en Russie. Au contraire, dans la propagande de masse, le pouvoir soviétique affichait des positions humanistes et internationalistes. Aujourd’hui, les blogueurs russes qui promeuvent la haine et les massacres ont des millions de followers sur Telegram et ne sont pas inquiétés en Russie. Pire encore, ils sont un soutien du régime.

Dans le même temps, Poutine, qui encourage et soutient tout cela, compte vivre éternellement. Il est au pouvoir depuis 26 ans et, avec les progrès de la médecine, il pourrait bien gouverner encore autant. La société russe pourra-t-elle se régénérer après tout cela ?

- Il ne s’agit pas seulement d’une dégradation de la société russe, mais aussi d’une adaptation cynique à un État répressif. Cela continue et continuera. D’abord parce qu’en Russie il n’existe aucune idée selon laquelle d’autres types de relations avec le pouvoir seraient possibles. Ou alors, elles existent chez une toute petite minorité, plus éduquée. Selon nos données, cela représente quelques pourcents seulement, et cette part n’a cessé de diminuer ces dernières années.

Ensuite, toute la culture antérieure que nous avions, c’était une adaptation hypocrite à l’ordre existant, à l’État répressif. Cet État a forgé son propre type d’individu, vivant sa vie et affichant une loyauté superficielle envers le pouvoir, à condition que cette soumission affichée lui évite d’être la cible. Cette expérience de l’époque soviétique a été ravivée sous le règne de Poutine. Il y a eu un certain relâchement de l’État dans les années 90, mais à ce moment-là, les gens ne voulaient pas la liberté, ils voulaient améliorer leur niveau de vie, vivre comme en Occident, mais sans rien faire, comptant sur le pouvoir pour leur assurer ce bien-être.

Le type de personne de base, que nous décrivions déjà à l’époque du putsch d’août 1991, a toujours été assez amoral : hypocrite, limité, obséquieux, vénérant le chef. Bien sûr, cette personne s’indigne de la corruption, mais si l’on creuse, on découvre qu’elle n’est pas indignée de son existence, mais du fait qu’elle n’en profite pas elle-même.

Autrement dit, il existe une autre logique : «  je ne suis simplement pas à la bonne place  ». Mais «  être au bord de l’eau et ne pas en boire  », c’est-à-dire ne pas prendre de pots-de-vin, est irréaliste pour ce type de personne. Survivre, à l’époque soviétique comme aujourd’hui, n’a toujours été possible que par des réseaux informels, ce qui, au mieux, engendre double pensée, hypocrisie, puritanisme et cynisme.

- Un changement est-il possible dans de telles conditions en Russie ?

- Les changements ne sont possibles que si l’on prépare une nouvelle génération de bureaucrates dotés d’une expérience pratique de gestion.

- Mais qui formera de tels cadres pour la Russie actuelle ?

- C’est bien là le problème. Qui va les former ? Il n’y a pas d’universités clandestines, comme il y en avait, par exemple, dans les pays d’Europe de l’Est dans les années 70-80. Alors qu’en Pologne et en partie dans les pays baltes, un travail clandestin se faisait pour former une autre culture civique. Sous couvert de paroisses catholiques ou de «  Solidarność  » polonaise, d’organisations ouvrières ou folkloriques comme dans les pays baltes. En Russie, je ne connais aucune organisation de ce genre, et encore moins à une telle échelle [en Pologne, à un moment donné dans les années 80, le nombre de membres du syndicat indépendant Solidarność dépassait celui du parti au pouvoir – A.J.].

Lev Goudkov, 2022. Photo : Wikipedia / Andersen People

Chez nous, les organisations de la société civile relativement nombreuses n’ont commencé à apparaître que dans les années 90, et elles ont survécu principalement grâce à des subventions étrangères. Bien sûr, il y avait aussi à cette époque des organisations écologiques, journalistiques, de recherche comme notre Centre Levada, mais on ne peut pas dire qu’elles bénéficiaient d’un large soutien populaire. Elles étaient isolées et la majorité de la population les percevait de manière très négative. On les considérait comme des «  chasseurs de subventions  » cachés, vivant de l’argent de l’Occident. Les seules qui bénéficiaient d’une réelle autorité étaient les organisations de mères de soldats, apparues lors de la première guerre de Tchétchénie, et dans une certaine mesure «  Memorial  ».

Il est très difficile de briser cette spécificité de la culture politique russe. Les réformes réussies des régimes totalitaires se sont tout de même faites sous le parapluie d’occupations militaires. Mais la Russie est trop grande pour qu’on puisse imaginer qu’une autre puissance ou même un groupe de pays, même les plus riches, se charge de l’aider. Et du côté des réformateurs russes, des démocrates des années 90, l’accent était mis sur les réformes économiques. L’économicisme prédominait – conséquence de l’éducation marxiste soviétique. Ils n’avaient pas compris qu’il fallait aussi réformer les institutions de base de la société totalitaire – c’est-à-dire l’armée, le KGB, le système judiciaire. Le KGB a été partiellement divisé, mais l’actuel FSB est une structure non réformée. Il n’y a pas eu d’épuration ni de lustration. Si vous allez sur le site du FSB, vous verrez qu’ils revendiquent ouvertement leur filiation avec le KGB-NKVD-Tchéka, niant toute responsabilité envers la société et défendant leur droit à la répression illégale. Et ce sont ces institutions qui déterminent aujourd’hui la structure du pouvoir en Russie, leur éthique, leur esprit, leur vision du monde deviennent l’idéologie d’État.

- Pensez-vous qu’elle soit acceptée aujourd’hui par la population russe ?

- Ce n’est pas qu’elle soit acceptée, mais la population la considère comme un fait établi, car il n’existe aujourd’hui dans le pays aucune autre force politique ou idéologique influente.

Mais si l’on se souvient de l’expérience mondiale, après deux décennies de fascisme en Italie, des interdictions professionnelles ont été imposées aux anciens responsables du régime fasciste.

- De telles mesures ont aussi été prises en Allemagne après la guerre…

- Tout à fait – Verbot. Les fonctionnaires nazis ont été en grande partie exclus des fonctions publiques et de l’enseignement, beaucoup ont été traduits en justice. Chez nous, rien de tel ! En Russie, le procès du PCUS a lamentablement échoué, et l’État stalinien n’a pas été qualifié de criminel. Il ne faut donc pas s’étonner que Staline soit aujourd’hui élevé au rang de «  manager efficace  », de modèle d’homme d’État… Dans tous nos sondages, il figure en tête de la liste des personnalités les plus marquantes du pays.

- Nous avons vécu l’époque soviétique et nous nous souvenons de l’histoire soviétique. On sait que l’État soviétique a commis des crimes terribles contre son propre peuple, surtout sous Staline, et contre d’autres peuples. Par exemple, en Afghanistan, les troupes soviétiques ont tué, selon les estimations, de 1 à 1,5 million de personnes. Mais même à cette époque, il n’y avait pas cette propagande haineuse, ces appels au génocide et aux massacres d’Ukrainiens et d’Européens, qui sont aujourd’hui diffusés presque quotidiennement par la télévision russe et d’autres médias, y compris électroniques, sans parler des blogueurs pro-gouvernementaux. Dans ce contexte, une question se pose : comment ce peuple va-t-il vivre à l’avenir ?

Un autre point est que, malgré la propagande totale de l’époque soviétique, en août 1991, à Moscou, il y a eu environ cent mille personnes qui, lors du putsch, sont sorties devant la Maison Blanche et ont en fait renversé ce pouvoir.

Il y a aussi l’exemple du Portugal, où le régime du dictateur Salazar a été renversé après sa mort par un groupe de militaires, le pays a suivi la voie démocratique et fait partie de l’Union européenne. Pourtant, en 2007, Salazar a obtenu la première place lors d’une émission télévisée visant à élire le plus grand Portugais.

Dans ce contexte, ma question est la suivante : quel chemin la Russie peut-elle prendre ? D’un côté, on voit que le pouvoir actuel fait tout pour rendre l’abrutissement de la population irréversible. D’un autre, l’exemple de Moscou en août 1991 montre qu’il y a une chance pour la démocratie, même après des décennies de lavage de cerveau. D’un troisième côté, l’exemple portugais montre que les vestiges de la conscience autoritaire peuvent subsister même dans un pays qui a renversé la dictature et suivi la voie démocratique pendant plusieurs décennies.

- Rien n’est déterminé à l’avance. Bien sûr, la Russie a une chance, mais elle est faible.

En ce qui concerne le ton agressif, les appels sadiques de certains membres du pouvoir russe, les sondages montrent qu’ils ne sont pas vraiment acceptés par la société, la population. De même, les Russes n’aiment pas vraiment les déclarations ultra-nationalistes. Les gens veulent une certaine prévisibilité, de la stabilité, et ce genre de déclarations ne plaît pas à la majorité, cela heurte leur sentiment moral sous-jacent. Même si ce sentiment est défaillant, il existe à l’état diffus, refoulé. La seule justification – dans la conscience de masse – de cette cruauté et agressivité publiques, c’est que la Russie ne se bat pas contre les Ukrainiens, mais contre le «  nazisme  » et le «  fascisme  » ukrainiens, «  payés par l’Occident  ». Dans ce cas, la haine et l’agressivité des propagandistes russes trouvent justification et soutien.

- Cela ressemble beaucoup à ce qui s’est passé en URSS avant l’attaque contre la Finlande en 1939, quand on a inventé le terme «  belofinniens  » et que la guerre est aussitôt devenue justifiée aux yeux des Soviétiques...

- En fait, tous les arguments utilisés en URSS stalinienne pour justifier et faire l’apologie de la guerre d’Hiver (soviéto-finlandaise) de 1939-40 ont été répétés à propos de la guerre contre l’Ukraine. Je répète donc que certains pans de la culture politique sont reproduits par les institutions conservatrices de force de la Russie contemporaine. Une partie de ces interprétations était aussi reproduite dans le système éducatif, et dans la philosophie de l’État, qui a été très peu réfléchie à l’époque par les démocrates. Ces derniers n’ont presque rien proposé en échange. C’est pourquoi de tels arguments sont perçus comme allant de soi.

Il est caractéristique que dans les années 90, la guerre soviéto-finlandaise était perçue par la société russe comme une guerre absolument injuste et prédatrice de Staline. Aujourd’hui, les gens répètent les arguments de l’époque stalinienne, selon lesquels cette guerre était préventive, contre des Finlandais qui s’apprêtaient à attaquer l’URSS. Les gens ne réfléchissent pas au fait que la Finlande de 3 millions d’habitants et l’URSS de 190 millions étaient incomparables. La rhétorique de la propagande compte plus pour eux que les faits. Les Russes d’aujourd’hui pensent avec les clichés que leur propose la propagande.

Néanmoins, malgré toute la propagande, le désir de mettre fin à la guerre grandit en Russie. Les gens en ont assez.

Quant au soutien des Portugais à Salazar. En fait, le problème du soutien de masse aux idéologies totalitaires comme le fascisme ou le communisme a été très bien étudié dans les travaux d’Erich Fromm, Theodor Adorno et d’autres. En situation d’incertitude, l’homme de masse cherche à transférer la responsabilité de lui-même à un porteur de super-pouvoir, un leader charismatique qui sait quoi faire. C’est un mécanisme bien connu de transfert de responsabilité, de confiance au parti, à l’État, à la force qui promet une issue à la crise, la dissolution dans cette force. Le syndrome autoritaire est une chose sérieuse. Que dire de la Russie, si l’on voit que l’Amérique a voté pour Trump ? Et cela malgré toutes les institutions démocratiques américaines, l’équilibre des pouvoirs et la culture démocratique stable de ce pays. En Russie, ce syndrome est d’autant plus important. D’autant plus que chez nous, il s’accompagne de la haine de l’Occident.

- Mais tout cela mène aussi à l’autodestruction de la nation…

- Oui, je le répète, tout va vers une lente dégradation. Lente, parce que le régime dispose de ressources suffisantes. Et ce n’est pas une question de Poutine, il n’est que l’expression de tout ce qu’il y a de pire dans ce pays. Son système repose sur la bureaucratie. C’est le niveau intermédiaire de la bureaucratie qui lui donne sa stabilité. La direction peut changer – à la suite d’un conflit ouvert, de la confrontation d’intérêts divergents, de contradictions entre élites, etc. Mais l’inertie de ce système vient précisément de la bureaucratie, pour laquelle il n’y a pas de remplacement. Personne, comme je l’ai dit, ne forme un autre type de bureaucratie et personne ne sait comment la contrôler et la rendre responsable alors que la population refuse de participer à la politique. Selon nos données, 80 à 85 % des Russes interrogés ne veulent pas participer à la politique, affirmant que c’est une «  sale affaire  » ou qu’ils n’ont pas le temps pour cela.

Participants à la séance plénière de la conférence «  Voyage dans le monde de l’intelligence artificielle  », le 19 novembre 2025. Photo : kremlin.ru

- C’est encore une fois similaire aux pratiques soviétiques, lorsque les gens en URSS se détournaient aussi de la politique, comprenant qu’ils ne pouvaient rien changer au système en place et se repliaient dans leur coquille…

- Exactement ! C’est simplement un mode d’existence et de survie, lorsque toutes les relations humaines se concentrent sur la famille ou de petits groupes, et sur la consommation.

- Sur la question de la continuité du système actuel en Russie avec les formes précédentes de l’État russe. J’ai récemment relu l’article de Lénine «  Sur la question des nationalités ou de l’«  autonomisation  »  », où Ilitch écrit que tout notre appareil d’État soviétique «  a été emprunté au tsarisme et seulement légèrement recouvert d’une couche soviétique  ». Il en ressort que notre appareil d’État se perpétue presque sans interruption, indépendamment des bouleversements politiques ?

- En effet, les bolcheviks ont repris l’appareil de l’État policier et en ont renforcé les pires aspects, transformant un contrôle partiel en contrôle total. L’URSS est ainsi devenue un État complètement dépourvu de droit, où la police avait le droit de définir elle-même ce qui était un crime ou non. Tout cela remonte encore aux lois introduites en Russie sous Alexandre III.

- Je pose donc à nouveau la question des changements en Russie. Toutes les personnes sensées les souhaitent. Mais sont-ils possibles ?

- Donnez-moi au moins quelques signes, symptômes de ces éventuels changements. Pour l’instant, je n’en vois pas. Le scénario le plus probable est le glissement progressif de la Russie vers le statut de puissance régionale, faible et corrompue, de type État-paria, dépendant de pays plus puissants comme la Chine. Les États démocratiques dresseront une sorte de barrière, de mur, isoleront cette zone sinistrée – et le pays y cuira dans son jus.

Abonnez-vous à notre newsletter.
Merci de vous être abonné!
Un lien pour confirmer votre inscription a été envoyé à votre adresse e-mail !
En cliquant sur « Sabonner », vous acceptez le traitement de vos données conformément à la Politique de confidentialité et Conditions dutilisation.

Cet article est disponible dans les langues suivantes:


Link